MENU

Language

Show contents for

Travailler ensemble dans les régions rurales de la méditerranée

Jeunes mediterranean

En octobre 2015, des partenaires clés de la zone méditerranéenne se retrouvaient pour s’assurer que les communautés rurales de la région n’étaient pas oubliées des actions de développement au sud et au nord de la Méditerranée.

Un an après, l’heure est aux bilans et constats: où en est-on du rôle de la Fondation du dialogue sud-nord méditerranée à générer des dialogues riches, vecteurs de paix et de tolérance ; et du Forum Global du GFAR à catalyser des actions collectives incluant les communautés rurales? Aussi, quelles sont les nouvelles approches des politiques de voisinage de l’Union Européenne: cadre politique du développement rural de la région, et qu’en est le point du vue du Sud? Quelles ont été, depuis, les initiatives des différents partenaires locaux, régionaux et mondiaux, que ce soit du monde du développement, les agriculteurs, les preneurs de décision, la société civile ? Une réunion en Octobre 2016 à Rome a permis de faire le point. 

Le « travailler ensemble » à tous les niveaux, pour faire face aux défis des zones rurales, avec une forte perspective vers l’avenir, demeure l’idée centrale des partenaires. C’est naturellement que les jeunes se positionnent comme parties prenantes à part entière dans ces discussions et perspectives collectives pour un présent et un futur qui exige leur contribution active. 

Les jeunes, reconnus comme agents fondamentaux du changement pour des conditions de vie meilleures, avaient été conviés aux discussions en 2015. Un groupe leader – YPARD Méditerranée : le chapitre méditerranéen du réseau des jeunes professionnels pour le développement agricole – est né de ces discussions et avait poursuivi les échanges en ligne. Cette année, les dialogues donnaient d’autant plus une place cruciale aux thèmes spécifiques aux jeunes, bien que la présence même des jeunes était encore limitée.

Notre message clé à travers notre présence n’aurait pas pu être mieux exprimé par le secrétaire exécutif du GFAR, Mark Holderness : « La désillusion des jeunes est un défi mais nous constatons aussi une énergie puissante parmi les jeunes à conduire le changement. » 

Il s’agissait notamment de discuter l’implication des jeunes dans les prises de décision et actions collectives avec les autres partenaires. Nous avons exprimé le besoin d’une vision commune et du travailler AVEC les jeunes autour de dialogues et activités intergénérationnelles fortes et ciblées vers l’action. Les étapes pratiques nécessaires à l’inclusion des jeunes dans la prise des décisions se résument à continuer à assurer la présence active des jeunes dans les discussions, leur permettre de s’équiper avec la confiance et les compétences requises et leur donner l’espace pour être leaders du changement. YPARD a particulièrement été invité à rejoindre le mouvement européen de la ruralité, un collectif de 17 organisations sur le même plan d’égalité.

Nous avons réitéré notre perspective de développement: l’exode rurale n’est pas une fatalité; nous avons besoin de dialogues plus participatifs où les communautés (les jeunes inclus !) dessinent leur propre développement et où les zones rurales sont considérées comme un tout au-delà des activités agricoles et économiques. Cet appel à rendre les zones rurales plus attractives par les services à la personne et les infrastructures notamment a reçu beaucoup d’écho tout au long des dialogues et s’affirme comme un point central de développement. Les jeunes doivent et ont la volonté de prendre part à ces dynamiques. 

Une plus forte collaboration sud-nord, sur un pied d’égalité, est un désir, un défi et un enjeu de développement global. Les jeunes présentent des activités et réseaux qui permettent cette vraie dynamique commune et égalitaire, où les membres s’auto-organisent et adressent directement leurs besoins, en faisant de leurs différences une force. YPARD en soit en est un exemple; le “Food Innovation Summer School” aussi, et d’autres qui n’ont pas vu le jour faute de moyens. Les idées et les envies de collaborations et de solidarités sont fortes ; les financements manquent.

Une éducation de qualité représente la pierre angulaire de la participation active des jeunes. Les programmes éducatifs nécessitent d’être constamment réévalués et adaptés pour répondre aux besoins et aspirations des jeunes en tant que professionnels. Le Young LEAD est un programme en Egypte qui a pour objectif d’apporter ces compétences qui manquent aux programmes officiels. Une jeune diplômée a exprimé l’importance d’aider les jeunes à exprimer leur individualité et à explorer leurs capacités, diriger et travailler en équipe, réfléchir et agir ensemble, travailler avec les autres dans leur diversité et créer un lien humain, être flexible et s’adapter. Les plateformes en ligne se multiplient aussi pour combler ce manque dans les zones rurales.

A fortiori, les jeunes – professionnels et étudiants – doivent contribuer à la conception et l’évaluation des programmes éducatifs, et l’impact des programmes doit être mesuré sur le terrain. En tant que bénéficiaires, leurs perspectives tant sur le fond que sur la forme rendent pertinents les programmes. C’était le message de Fatima Bensoltane, de Tunisie. Ceci est aussi reflété dans la collaboration de YPARD et GCHERA, dans le cadre du partenariat dans le Forum Global du GFAR. Les jeunes professionnels de YPARD sont régulièrement invités dans les discussions de consortiums d’universités pour partager leurs perspectives en tant que jeunes diplômés avec une expérience professionnelle. Ceci, cependant, ne peut pleinement fonctionner que si les universités donnent une place plus importante à leur performance éducative versus leur travail de recherche.

Enfin, les limites de l’accès à la terre et aux financements des jeunes demeurent un défi majeur. Les jeunes n’ont pas de fonds propre et pas de crédibilité pour gagner la confiance des banques. Coldiretti youth a partagé les initiatives pro-jeunes qui existent en Italie : il y a des programmes d’aide à l’installation des jeunes mais pas d’accompagnement sur le long terme ce qui amène souvent à l’échec. De même en Tunisie, des lopins de terre ont été donnés au jeunes mais sans le soutien de techniciens qualifiés dans les zones arides. Comment assurer un changement réel et durable des générations? Accompagnons les jeunes agriculteurs pendant les cinq premières années, prône Coldiretti. Cela inclut les institutions locales et les banques.

Mais aussi, les dialogues étaient l’opportunité de réaffirmer que les jeunes veulent se prendre en main: ils veulent décider pour eux-même, agir, montrer l’exemple et le chemin. Le témoignage de Fisnik, un jeune agri-entrepreneur au Kosovo en est un exemple, selon Rabii, de Tunisie. « Le témoignage de Fisnik doit être un exemple à suivre. Moi personnellement il m’a donné l’envie de prendre en charge et retourner à la terre de mon père dans les plaines du Nord-Ouest de la Tunisie au gouvernorat de Jendouba.  Oui pourquoi pas, un jeune cadre dans l’administration qui retourne au monde rural pour travailler sa terre, la terre de ces ancêtres. La saison agricole vient de commencer en Tunisie et je vais faire tout mon possible pour moissonner mon blé l’été prochain. » 

Tournés vers l’avenir, les dialogues 2016 avaient pour objectif de définir la trajectoire 2017-2018 pour la fondation méditerranéenne et son plan d’action 2017-2018, afin de continuer à alimenter des débats ouverts et promouvoir des actions collectives entre le sud et le nord. Plusieurs thèmes et objectifs ont été soulevés tels que les défis liés aux migrations, la résilience et l’adaptation des zones rurales, la contribution des jeunes sur le fond comme sur la forme, le partage de bonnes pratiques; ceux-ci seront circulés parmi les partenaires, les jeunes inclus, pour définir ensemble la voie vers une vision commune pour le future et le vivre ensemble.

Visionnez l’entretien de Karim Akrout, de SINAGRI, syndicat des agriculteurs de Tunisie qui présente les points clés de la réunion. Le développement rural va au-delà de l’agriculture. Nous devons comprendre l’état d’esprit et les aspirations rurales, notamment des jeunes.

Crédit photo: Mark Holderness, GFAR